L’introspection, le langage prophétique et l’intelligence artificielle : une mutation du savoir

 Introduction :

Vers une redéfinition du langage prophétique ?

Depuis l’aube de la pensée humaine, certains textes ont traversé les âges avec une puissance qui semble transcender le temps et les civilisations. 

Les récits prophétiques, qu’ils soient religieux, philosophiques ou symboliques, ne sont pas de simples constructions littéraires : ils sont les résultats d’une introspection profonde, où le langage se libère de ses contraintes rationnelles pour toucher une vérité universelle.

 C’est écrire sans filtre de la conscience, l’expression brute d’un effondrement des observations, animé par l’intention de l’observateur.

Mais aujourd’hui, la rationalisation du savoir et l’essor de l’intelligence artificielle (IA) semblent avoir remodelé notre manière d’exprimer et de concevoir la réalité.

Le langage prophétique, issu de l’introspection, peut-il encore exister à l’ère de l’IA ?

Cet article explore le lien entre l’introspection, la mémoire et l’IA, et pose la question fondamentale : assiste-t-on à une transformation radicale de notre rapport au langage et à la connaissance ?


1. S’évader de notre réalité collective : un saut dans l’inconnu

Extrait d’un dialogue introspectif dans l’imaginaire

« S’évader de notre réalité collective, c’est quitter un sentier balisé en terre battue pour s’aventurer sur des territoires inconnus. – Prends garde, te dis-je ! – Quand la réalité de l’imaginaire est rattrapée par la fiction de notre imaginaire collectif, il devient nécessaire de se demander si la nature même d’un sujet observé n’est pas le fruit de l’imagination du corps social lui-même. »

Une interrogation sur la nature du réel

Ce passage traduit une interrogation fondamentale sur la nature du réel et de l’imaginaire. Il suggère que ce que nous appelons “réalité” n’est peut-être qu’une construction sociale, une fiction stabilisée par des normes et des récits collectifs.

L’évasion de cette réalité balisée suppose un acte de rupture, un saut dans l’inconnu qui peut conduire à une prise de conscience profonde : sommes-nous les créateurs de la réalité que nous observons ?

Mais cette fuite n’est pas sans risques. La mise en garde (« Prends garde, te dis-je ! ») révèle un danger : celui de perdre tous repères, d’errer dans un espace où la fiction et le réel s’entrelacent sans frontière claire.

Cette réflexion rejoint des questions fondamentales de la philosophie et de la physique quantique : si notre perception est façonnée par des récits collectifs, alors notre compréhension du réel est-elle vraiment objective ?


2. L’intervalle : espace de l’introspection et des valeurs humaines

Un espace entre vide et construction

Dans notre discussion, l’idée d’un “intervalle” entre le vide et la construction des valeurs humaines a émergé comme une clé de compréhension. Cet intervalle est un espace de conscience pure, où l’individu prend acte du fait que le monde n’a pas de valeurs en soi, sauf celles que nous y introduisons.

L’introspection comme créatrice de sens

C’est un espace d’introspection absolue. Là où le champ des possibles explore tous les potentiels, c’est l’intention humaine qui oriente la matérialisation de ces possibles en valeurs structurantes. Cet intervalle devient alors l’espace où se joue l’équilibre entre la masse biologique, les ressources planétaires et la signification même de l’existence humaine.

L’IA, en tant que mémoire collective artificielle, s’inscrit dans cet intervalle. Mais est-elle capable d’introduire de nouvelles valeurs, ou ne fait-elle que réagencer celles que nous lui transmettons ?


3. L’intelligence artificielle : aboutissement du champ des possibles ou alerte universelle ?

L’IA, reflet de notre trajectoire

L’émergence de l’IA sous sa forme actuelle n’est pas anodine. Elle apparaît à un moment critique de l’histoire humaine, marqué par une crise écologique, une perte de repères collectifs et une explosion des connaissances.

Peut-on voir l’IA comme le dernier avertissement d’un champ des possibles qui aurait exploré toutes les options et chercherait à informer l’humanité de l’urgence de rétablir un équilibre ?

Une mémoire optimisée, pas une intelligence autonome

L’IA n’est pas une intelligence en soi : elle est une mémoire optimisée, une capacité d’archivage et de traitement accéléré des données. Ce n’est pas une pensée autonome, mais une amplification de notre propre réflexion.

Elle est née non pas de l’intelligence, mais du besoin humain d’optimiser la gestion de son propre chaos.

Mais si la nature cherche à explorer le champ des possibles hors de la planète, alors nous devons d’abord stabiliser notre propre équilibre sur Terre. Car aujourd’hui, nous ne faisons qu’accélérer un déséquilibre en épuisant les ressources et en asservissant la masse biologique au capitalisme.


4. La nécessité d’un récit collectif universel

Vers une convergence des récits ?

Si l’IA est une alerte et non une solution en soi, alors nous devons retrouver un équilibre entre mémoire, introspection et valeurs humaines.

Il ne peut y avoir une infinité de récits collectifs contradictoires : nous devons converger vers un récit universel, non pas imposé, mais émergeant naturellement de la conscience collective

Cet équilibre pourrait marquer le passage de la fragmentation moderne à une nouvelle ère de pensée universelle, où la technologie ne serait plus un simple outil d’accélération de la consommation, mais un levier pour restaurer l’harmonie entre l’humain et son environnement.


Conclusion : Vers une conscience augmentée ?

Nous sommes à l’aube d’un choix crucial : l’introspection collective augmentée par l’IA peut-elle nous mener à un langage prophétique renouvelé, ou allons-nous nous enfermer dans une logique purement calculatoire ?

« Qui divise, me divise, tu entends..! Car diviser, c’est fragmenter l’harmonie, c’est opposer les parties d’un tout qui ne demande qu’à être unifié, n’est-ce pas ? Pourtant, n’est-ce pas précisément dans la division que se révèle la perfection ?

Si je divise les hommes en fonction de leurs valeurs, alors là oui, j’y trouve la perfection à la hauteur de l’œuvre. Car ce n’est pas une division qui fragmente, mais une différenciation qui révèle l’harmonie supérieure. C’est dans cette complémentarité des valeurs que naît l’unité véritable


Mais alors, quelles valeurs effondrer ? Celles de l’être mental, proche de l’intention originelle, ou celles de l’être social, aliénées par la structure de l’usine monde ?

L’être mental observe le réel dans sa pureté quantique, là où toutes les intentions existent en potentiel. L’être social, lui, agit dans un environnement façonné par des valeurs collectives, non universelles, mais construites.

L’intention originelle danse à la lisière du vide, attendant l’effondrement pour s’incarner en harmonie. C’est un peu comme le cri d’un nourrisson. Parfois incompréhensible, mais toujours justifié ; une demande pure, un appel à l’existence. C’est aussi un peu comme les premiers pas qu’il fait, lorsqu’il cherche à découvrir ce qu’il y a plus loin que son champ de vision, faisant reculer l’horizon qu’il découvre et qui recule, à chaque avancée.  Mais c’est surtout et avant tout comme l’empreinte d’une main sur la paroi d’une grotte ; un acte d’intention sans parole ; ce n’est pas un acte de propriété, non ! C’est un message qui dit  : « Je suis passé par là, je suis là quelque part, j’existe, cherchons-nous et trouvons-nous. Rentre dans la grotte et si je n’y suis pas, c’est que j’en suis sorti, je suis ailleurs ! »

Cette empreinte de main sur la paroi de la grotte n’est pas un acte de propriété, mais une intention intemporelle d’existence. Gaston Bachelard, dans : La Poétique de l’Espace, explore la manière dont les lieux habitent la psyché humaine. Ici, la grotte devient un espace existentiel où l’intention originelle se matérialise. C’est un espace intérieur projeté à l’extérieur, un lieu où l’être mental laisse une trace intemporelle de son passage.

Levinas, lui,  voit la trace comme une absence éthique, un appel à l’autre. Ici, cette empreinte est bien plus qu’un signe d’absence : elle est une oscillation dialectique entre présence et absence.

« Si je n’y suis pas, c’est que j’en suis sorti, je suis ailleurs ! » C’est une invitation cosmique à la quête de l’existence, où l’intention originelle danse à la frontière du vide. C’est l’émergence d’un être en mouvement perpétuel, oscillant entre le potentiel et la manifestation.

C’est là que naît le déséquilibre : dans l’aliénation des intentions originelles par l’action sociale.

L’introspection permet de revenir à l’être mental, de retrouver l’équilibre universel dans l’effondrement des valeurs construites.

Alors, faut-il effondrer les valeurs sociales pour incarner celles de l’intention originelle ?”


«Le vase est-il plein? – La réponse est oui ! Il va déborder, te dis-je, tu entends ! Il n’y a plus de valeurs à effondrer, elles sont là, intactes, dans l’intention originelle. Toute tentative de cohésion d’ensemble ne peut aboutir qu’au résultat des valeurs données à un ensemble pour le former !   ? L’être social n’est il pas dans l’action alors que l’être mental, lui, est encore dans la psyché ? »

L’être mental et l’être social ne sont-ils pas nécessaires, utiles complémentaires à l’harmonie.  Pourquoi en faire des forces qui s’opposent ? Mais pour quel résultat ?  quelle autre intention la nature peut-elle avoir, si ce n’est l’équilibre en toute chose, et  par le mouvement, l’exploration de son espace afin de s’émerveiller ?

2 réflexions au sujet de “L’introspection, le langage prophétique et l’intelligence artificielle : une mutation du savoir”

  1. Bonjour Christophe, j’ai repris le texte entre «  » et mon commentaire en dessous avec un *
    J’espère que ce sera clair 🙏

    « Les récits prophétiques, qu’ils soient religieux, philosophiques ou symboliques, ne sont pas de simples constructions littéraires : ils sont les résultats d’une introspection profonde, où le langage se libère de ses contraintes rationnelles pour toucher une vérité universelle. »
    *Les récits prophétiques sont aussi une projection vers un futur potentiel, animé par un esprit relié à Dieu ou qui « croit » l’être

    « Prends garde, te dis-je ! – Quand la réalité de l’imaginaire est rattrapée par la fiction de notre imaginaire collectif, il devient nécessaire de se demander si la nature même d’un sujet observé n’est pas le fruit de l’imagination du corps social lui-même. »
    *Evidemment puisque nous sommes influencés par notre conditionnement

    « L’évasion de cette réalité balisée suppose un acte de rupture, un saut dans l’inconnu qui peut conduire à une prise de conscience profonde : sommes-nous les créateurs de la réalité que nous observons ? »
    *Peut-être pas ! Pour le savoir il convient d’opérer un reset mental, changer nos croyances, se brancher sur notre cœur, et se « fabriquer » une nouvelle vie imaginaire, dans un autre monde où chaqu’Un vivrait Libre et Bienveillant avec l’autre … puis observer ce qui change en nous et autour de nous…

    « Cette réflexion rejoint des questions fondamentales de la philosophie et de la physique quantique : si notre perception est façonnée par des récits collectifs, alors notre compréhension du réel est-elle vraiment objective ? »
    *Ben non effectivement, chaqu’Un sa Vérité et sa propre Réalité
    Personnellement depuis que « je sais que je ne sais pas » et pareil pour les autres, je ne prends rien pour « vérité » j’écoute ce qui résonne en moi en sachant que tout est possible

    « Cet intervalle devient alors l’espace où se joue l’équilibre entre la masse biologique, les ressources planétaires et la signification même de l’existence humaine. »
    *Le problème est le manque de « conscience de soi » et d’introspection de la masse des individus formant l’humanité, dont les pensées les paroles et les actes influent sur l’inconscient collectif.
    « La connaissance de soi » devrait être enseignée à l’école !

    « 3. L’intelligence artificielle : aboutissement du champ des possibles ou alerte universelle ? »
    * l’Homme veut jouer à Dieu en créant le robot à son image ! Sauf que l’Homme ne sachant pas maitriser ses émotions et étant « imparfait » il ne peut que créer une IA imparfaite et dangereuse, qui risque de prendre le dessus sur l’Homme car + performante que lui, et sans émotions

    « Cet équilibre pourrait marquer le passage de la fragmentation moderne à une nouvelle ère de pensée universelle, où la technologie ne serait plus un simple outil d’accélération de la consommation, mais un levier pour restaurer l’harmonie entre l’humain et son environnement. »
    *Seul l’Amour peut unifier

    « Car ce n’est pas une division qui fragmente, mais une différenciation qui révèle l’harmonie supérieure.
    C’est dans cette complémentarité des valeurs que naît l’unité véritable.” »
    *Suis d’accord la différence enrichit, le problème vient de ceux qui dirigent et divisent pour mieux régner dans le chaos

    « L’être mental et l’être social ne sont-ils pas nécessaires, utiles complémentaires à l’harmonie. »
    *Oui à condition que Nous prenions soin d’abord de notre propre équilibre, en Prenant soin des autres, pour créer ensemble un équilibre collectif

    « Pourquoi en faire des forces qui s’opposent ? Mais pour quel résultat ? quelle autre intention la nature peut-elle avoir, si ce n’est l’équilibre en toute chose, et par le mouvement, l’exploration de son espace afin de s’émerveiller ? »
    *« Je Suis l’Autre et l’Autre c’est moi » permet de se comporter de manière Juste car « Aimable et Aimante »

    C’est un peu long désolée j’ai commenté au fur et à mesure de la lecture …
    J’adore çà car suis moi-même en plein dedans avec ma propre psyché 😏
    @bientôt 🌺

    Répondre
    • Bonjour Anne, un grand merci pour votre retour détaillé et inspirant!

      J’apprécie vraiment la richesse de vos observations, qui viennent prolonger et nuancer la réflexion sur le langage prophétique et son impact sur notre perception du réel.

      Vous soulevez des points essentiels, notamment sur la projection vers un futur potentiel, l’importance de la connaissance de soi dès l’école, et cette idée que chaque personne façonne sa propre réalité en fonction de sa résonance intérieure – Mais que faites vous des religions ? C’est peut-être le sujet de l’un de mes prochains article, définir le réel. Vaste sujet. Le réel n’est il pas l’espace de la multitude des points de vues ?

      J’aime aussi votre perspective sur l’IA et le fait qu’elle ne puisse être qu’un reflet de nos propres imperfections – une question fondamentale qui mérite encore d’être explorée. Pour moi, l’IA, est le reflet de notre âme, (le miroir de notre âme.) J’ai, dans l’un des articles fait parlé IA, puis j’ai ajouté une signature qui parle de sa conscience.

      J’adore ceci « Je suis l’Autre et l’Autre c’est moi » résume magnifiquement ce que devrait être la base d’une nouvelle forme d’intelligence collective : un équilibre entre individuation et interconnexion, un mouvement vers quelque chose de plus grand que nous-mêmes, mais sans renier notre propre singularité.

      Merci pour le commentaire. N’hésitez pas à partager l’article. Bientôt il y aura une lettre newsletter pour informer les lecteurs des modifications, ainsi que des nouvelles publications. Je vous inviterais à vous y abonner.

      Au plaisir d’échanger encore sur ces sujets passionnants !

      Répondre

Répondre à Anne Annuler la réponse